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Réintégrer un troupeau ovin dans un système céréalier

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Gers

Prometteuse & en cours d'amélioration pour être maîtrisée

Agriculteur

Pierre Pujos
PIERRE PUJOS

Atelier

Grandes cultures et productions légumières Élevage ruminant

Toutes les surfaces potentiellement adaptées à la mise en place de la pratique

Quad, clôture système spider, abreuvoirs

12 000 €

Sol argilo calcaire, coteau sec

Objectifs

Être rentable sur des terres arrivées au point mort Améliorer les rendements en céréales bio sans engrais exogènes

Description

Ferme céréalières en agriculture biologique depuis 1998. Malgré avoir activé différents leviers agronomiques (couverts végétaux, cultures associées, agroforesterie) depuis 15 ans, mes rendements diminuaient. J’ai décidé d'introduire un troupeau sur ma ferme pour ramener de la fertilité, redresser les rendements et valoriser les terres au point mort. Au début, un berger sans terre faisait pâturer120 brebis Tarasconnaises une partie de l'année (estive l'été). Quand il a arrêté, j'ai pris un salarié pour m'aider et pouvoir ainsi garder des animaux sur mes terres. C'était une période transitoire qui m’a permis de gagner en compétence. En 2019 j'ai acheté un troupeau pour faire du plein air intégral. J'ai poussé ma démarche en faisant du sans foin et sans grain, toujours dans la même logique de limiter au maximum les énergies et les investissements. Aujourd’hui j’ai deux troupeaux : 180 brebis reproductrices et 150 agneaux pour la vente. Le choix de la race et du mode de conduite est essentiel. Mes brebis se débrouillent seules lors des agnelages : je passe 1 fois par jour (1h) pour leur apporter eau et sel et vérifier qu’il n’y a pas de problèmes. En naissant par terre, les animaux se chargent de la diversité bactérienne du sol pour avoir une forte immunité. Pour la pâture, je fais tourner les animaux entre les prairies (coteaux), des champs de luzerne de voisins (possible de pâturer en pur !), les couverts, le blé et si nécessaire dans des vergers, vignes ou friches plus éloignés. Les animaux sont en montagne de mai à septembre. J'utilise un quad équipé avec un système de clôtures spider (1/2 journée pour l'installation). J'ai choisi de cultiver des blés de population depuis 15 ans car ils produisent beaucoup de paille (= carbone réinjecté dans le sol), ils n'ont besoins d'aucun engrais et leur port (étalés avec feuilles larges à la base) concurrence les adventices. Les rendements sont faibles mais je valorise bien (vente à des boulangers, 650€/T). Le passage des animaux permet de limiter la verse du blé (monte à 1,50-80m) et d'implanter un couvert d'été à base de trèfle ("effet rouleau" du troupeau). Le pâturage doit se faire à partir du stade fin tallage au stade épis 1cm, ça représente environ 3 semaines de pâture. Attention à ne pas faire pâturer trop ou trop tard car le risque de perte est élevé (25% contre bénéfice potentiel sur rendement de +5%). Pour avoir un ordre d'idée, les couverts végétaux et le pâturage du blé représentent 30% de l'alimentation sur l'année. Cette année (2022) les conditions de sécheresse (12 mm entre mai et septembre) ont complexifié la gestion des ressources. Les couverts d'été n'ont pas levé. Avec les luzernes de voisins (60ha) j’ai pu tenir sans acheter de foin. Les animaux se sont bien maintenus. Je pense pouvoir passer sans foin (même pour le troupeau qui vient d'agneler et dont les besoins physiologiques triple).

Résultats

L'animal vient réinjecter de l'azote dans un système où il m'était difficile de faire augmenter le taux de MO dû à la compétition en azote sévère entre l'humification de la paille et les besoins des cultures. Ce changement de dynamique des éléments va bénéficier à terme aux cultures. Sur ce type de système, je pense qu'il ne faut pas avoir plus de 200 animaux max (taille de troupeau) pour pouvoir gérer et les déplacer à pied (chien indispensable). C'est un système très léger avec peu d’investissement mais un fort engagement personnel. Ca ne fait que 2 ans que j'arrive à mettre de l'argent. Avec les aides (aide ovine + ICHN), mon système est à l'équilibre en vendant seulement quelques animaux (8 en 2021). C'est positif pour la suite. Le frein principal pour un éleveur qui souhaite se lancer dans ce modèle c'est les débouchés car les coopératives ne prennent pas (volumes différents, viande rosée). Pour ma part, je suis en train de monter un atelier de transformation collectif pour vendre la viande à des chefs et en magasins spécialisés. Depuis peu, je participe aussi aux réflexions sur le cahier des charges Pâture et Papilles (animaux 100% herbe).

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